Interview : Sarah Leduc, journaliste France 24

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Nous vous avions parlé  il y a quelques jours du travail de Sarah Leduc et Zoé Lamazou, journalistes France 24. Un webdocumentaire poignant intitulé “Congo, la paix violée”. Pour en savoir plus sur leur manière de travailler et d’envisager cette nouvelle forme de reportage, nous avons choisi d’ interviewer Sarah Leduc. Retour sur son expérience.

Emilie : Comment vous avez pensé et choisi ce sujet ?

Sarah : Nous avons lu des témoignages de femmes des Kivus, qui avaient été violées par des hommes en arme, et d’autres femmes qui défendent ces victimes malgré l’insécurité et l’impunité qui règnent encore dans l’Est du Congo. Si les femmes sont les premières victimes, elle sont aussi les premières à se battre. Et il nous est apparu que la plupart des reportages – très nombreux – sur le sujet témoignaient du viol pendant la guerre qui a ravagé la région des grands lacs pendant 15 ans, moins traitaient de la banalisation du viol en temps de paix. Zoé avait des contacts sur place. Nous avons donc contacté diverses associations et trouvé les femmes qui accepteraient de travailler avec nous. Et c’est ainsi que tout a commencé…

Emilie : Pourquoi un webdocu ? Qu’est ce que ce format a apporté de plus comme valeur ajoutée à votre travail ?

Sarah : Nous avions déjà fait un premier webdocumentaire avec Zoé, « 22330 : les bras de la France », disponible sur le site de France 24. Ce format nous a tout de suite plu. Le webdocumentaire est un format récent où tout reste à inventer. Le champ des possibles est infini, c’est passionnant. Chaque médium – vidéos, textes, son, photos – permet d’enrichir le récit et d’apporter des informations complémentaires. Chaque auteur peut inventer une nouvelle manière de raconter des histoires. C’est une liberté incroyable.

Ceci dit, avant de sortir sur  internet, « Congo, la paix violée » a été initialement été conçu pour l’Ipad, sur une idée de notre rédacteur en chef à France 24, Lucas Menget. Entre le support web et l’Ipad, il n’y a pas de grandes différences, si ce n’est que l’Ipad, en tant que support de lecture, permet de remettre le texte au cœur du récit. Nous avons donc présenté notre reportage sous la forme d’un magazine interactif.

Emilie : Quelles retombées et accueil avez-vous reçu ?

Sarah : « Congo, la paix violée » a été, je crois, le premier reportage conçu spécifiquement pour la tablette, qui venait de sortir. Donc forcément, le reportage a intrigué. Nous avons été pas mal sollicitées pour parler du making of du documentaire. Nous avons par exemple participé à un atelier sur l’impact des tablettes et smart phones dans le journalisme lors des Assises du Journalisme qui ont eu lieu à Strasbourg en novembre. Dans l’ensemble, l’accueil a été plus bon et les retombées très positives.

Emilie : Qu’est ce qu’un webdocumentaire suscite en travail en amont ? Est-ce que ton travail de journaliste a du s’adapter au support, est-ce que tu as a changé ta manière travailler ?

Sarah : Avec le webdocumentaire, le journaliste ne se pose plus seulement la question de ce qu’il veut raconter, il doit s’interroger sur le « comment raconter ». Vais-je filmer, prendre une photo, noter ou enregistrer un son ? Chaque support doit avoir un sens et apporter une information qui lui est propre. Quel est l’apport de la photo ? de la vidéo, du son, du texte ? Il ne s’agit pas de faire un patchwork aléatoire. En ce qui nous concerne, nous avons par exemple fait le choix en amont de faire parler les victimes à travers une association de son et de photo. De filmer les avocates…

Plus pragmatiquement, il faut du matériel. Appareil photo, caméra, (en l’occurrence j’ai travaillé avec un Canon 5D qui filme et photographie), enregistreur, micro, et l’éternel crayon/bloc notes.

Après sur le terrain, si ce n’est le fait qu’il faut être « multitâches », la technique de reportage reste la même et la finalité ne change pas : il s’agit de raconter une histoire.

Emilie : As-tu de nouveaux projets de ce type ?

Sarah : Zoé travaille sur un projet de webdocumentaire sur un lycée de banlieue. Pour l’instant, j’ai repris mes activités de journaliste web à France 24. Mais j’espère bien faire de nouveaux webdocumentaires très bientôt. Les moyens restent à trouver, car le webdocumentaire est couteux et il n’y a pas d’économie stable, mais l’envie est plus que jamais là !

Lire aussi : Le webdocumentaire ou comment redonner envie de s’informer et de lire ?

Xavier Baillet

Xavier Baillet

Entrepreneur. Dirigeant d'entreprises dans les secteurs du design, du marketing et du digital depuis 1999.

J'aime faire avancer les gens, les idées et la société. J'aime les entreprises utiles et les entrepreneurs passionnés.

J'aime faire exister les idées et les projets qui ont un sens pour les gens.

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