Votre identité numérique a un prix

 dans Business
Qui ne s’est jamais retrouvé au cœur d’un débat sur la protection des données personnelles sur internet ?
En effet, il semblerait que nous, internautes, soyons un tantinet sensibles à certaines pratiques de plus en plus courantes qu’ont les marques de s’approprier nos données pour nous proposer des publicités ciblées.
Aux Etats-Unis, le gouvernement est même en train de réfléchir sur la mise en place d’une liste rouge inspirée de leur registre do-not-call (permet aux usagers de s’enlever des listes d’appel des sociétés de démarchage téléphonique).

Mais aujourd’hui je n’ai pas l’intention de venir enrichir ce débat. Je préfère en lancer un nouveau : et si nous tirions nous-même du profit de notre identité numérique ?

En janvier dernier, au forum économique mondial de Davos, plusieurs dirigeants d’entreprise se sont réunis pour réfléchir à la question : comment peut-on amener les internautes à vendre leurs données personnelles eux-mêmes ?

Car oui, aujourd’hui, un internaute a la possibilité de vendre ses propres données personnelles à des fins publicitaires. Même si cette tendance reste encore embryonnaire, elle risque de rapidement investir la toile.
En Angleterre, vends tes données pour acheter ciblé
La start up londonnienne Allow propose aux internautes une idée pour le moins  insolite : vendre leurs données personnelles aux entreprises partenaires de la société. Pour chaque vente de données, l’internaute touche environ 60%.
Justin Basini, co-fondateur, a eu cette idée alors qu’il était responsable marketing chez Capital One (société de cartes de crédit). Son problème : les énormes masses de données dont son entreprise bénéficiait ne donnaient pas de résultat probant. Pour un mailing ciblé, le taux de réponse était de 1%.
Il a alors décidé d’intégrer directement le consommateur au cœur du processus publicitaire.
Le principe est simple, Allow propose au consommateur de recevoir de la publicité d’un certain nombre d’entreprises partenaires en fonction de son profil. Si le consommateur accepte, Allow revend ses données personelles et l’entreprise en question peut lui proposer  des produits ciblés.
Un de leurs clients,  Giles Sequeira, relate l’expérience : “Après avoir avoir fait part à une entreprise de mon projet d’acquérir une nouvelle carte de crédit, j’ai vu mon compte Allow crédité de 18.05 euros : 12 euros pour une prime à la signature et 6,05 pour la vente de mes données.”
Cette démarche a un prix pour les entreprises puisque la note s’élève à presque 11 euros par profil. Mais, à ce jour, Allow compte déjà 4 000 clients.
En France, le “like” vaut cher


Toujours dans la même problématique, l’application Facebook Paid To Be Fan offre aux internautes l’opportunité de se faire payer chaque fois qu’ils “like” la fan page d’une entreprise partenaire de l’application.
Bien que le concept soit différent d’Allow, l’idée est la même : rentabiliser ses données personnelles et sa présence numérique.
Ici aussi, le principe est assez simple. Chaque internaute peut s’inscrire gratuitement et en un clic. Vous l’aurez compris, cet ultime clic autorise dès lors l’accès et l’usage de vos données Facebook.

Suite à l’inscription, Paid To Be Fan vous propose un catalogue de partenaires finement sélectionnés en fonction de votre profil.
Vous imaginez surement la suite des opérations. Likez la page que vous voulez, invitez vos amis à liker, et l’argent est dans la poche (ou plutôt sur un compte virtuel).
Même si en moyenne le gain d’un like se situe entre 0,25 et 0,45 centimes, ce système peut très vite rapporter gros… exemple en image :

Vous l’aurez donc compris, pour accroitre ses gains de façon exponentielle il faut surtout parrainer des amis. Les inciter à s’inscrire à l’application permet ainsi aux entreprises partenaires de récolter une base de donnée importante rapidement.

Relation consommateurs / entreprise: la donnée devient monnaie

Que l’on soit pour ou contre la vente des données personnelles, ce système représente  une nouvelle opportunité pour les entreprises de se constituer des bases de données précises sans pour autant être décriées comme étant “‘intrusives”.

Finalement en se faisant payer, l’internaute concède explicitement à ce que ses informations soient utilisées à des fins commerciales.

Mais attention aux excès. Dans le cas d’Allow, le partenariat semble raisonné. Plutôt que de recevoir des spams qu’ils ne lisent jamais, les internautes reçoivent d’une entreprise des informations étant susceptibles de les intéresser, tout en se faisant rémunérer.

Rien n’est moins sur pour le cas de l’application Paid to be fan, qui, en plus d’utiliser les techniques de la vente pyramidale (pas franchement légale en France soit dit en passant), se donne un accès quasiment illimité au compte  de ses utilisateurs jusqu’à se permettre de publier du contenu sur leur mur.

Maintenant, et en toute connaissance de cause, c’est à vous de voir si vous êtes prêt à en payer le prix.

Xavier Baillet

Xavier Baillet

Entrepreneur. Dirigeant d'entreprises dans les secteurs du design, du marketing et du digital depuis 1999.

J'aime faire avancer les gens, les idées et la société. J'aime les entreprises utiles et les entrepreneurs passionnés.

J'aime faire exister les idées et les projets qui ont un sens pour les gens.

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