Web et Gratuité : Bientôt la fin ?

 dans Business


L’avenir du streaming gratuit s’assombrit et l’augmentation des offres payantes est une réalité qui se confirme de jour en jour. Ce constat remet en cause l’un des principes fondateur d’Internet : la gratuité.

Selon un rapport du Syndicat National de l’Edition Phonographique, le SNEP, 61% des Français et 77% des 15-24 ans reconnaissent utiliser le streaming. Cette audience met en avant la qualité et la profondeur du contenu des plateformes de streaming ainsi que sa gratuité.

Tour d’horizon

Au départ, Internet permettait uniquement d’échanger quelques fichiers ou courriers électroniques entre utilisateurs. A cette époque, personne ne se serait douté que “la Toile” prendrait la dimension qu’elle connait aujourd’hui :

Ce printemps, MediaPart révèle à toute la France “l’affaire des quotas” au sein de la Fédération Française de Football. Cette information inédite fut instantanément relayée par les autres acteurs de la presse nationale et plongea la FFF dans un scandale sans précédent.

Il fut également possible de visionner Avatar, des mois avant sa sortie en VOD ou DVD, sur des plateformes de streaming illégal comme MegaVideo.

Chaque jour, des quotidiens français comme Le Monde mettent en ligne du contenu de qualité égale à celui publié sur leur format papier.

Les grandes chaines de télévision françaises proposent également aux téléspectateurs de retrouver “en replay”  la plupart de leurs programmes.

Il est donc clair que le Web est devenu un media à part entière et un canal de diffusion complémentaire indispensable, y compris pour tous les autres medias, et essentiel pour les industries (musicale, cinématographique, presse, jeux vidéo …). Ces industries font payer la plupart de leur contenu dans le monde physique mais alors pourquoi ne le feraient-elles pas payer sur la Toile ? Surtout si celui-ci est de qualité équivalente.

Il est donc important de soulever le débat sur la gratuité et l’accès au contenu sur le Web.

Un mariage “gratuit – payant” plébiscité

Il y a peu, des sites comme Deezer proposaient d’écouter du contenu musical en streaming sans limite de temps et surtout sans débourser un centime. Cette gratuité était rendue possible grâce à la publicité ainsi qu’à d’autres sources de revenus (assez minimes) :

– En 2009, la publicité représentait 99,9% des revenus de Deezer, près de 6 millions d’euros.

– “Soundeezer”, un outil de marketing sonore payant destiné au entreprises. En France, la plupart des McDonald’s l’utilise.

Au départ, tout le monde s’accordait à dire que ces plateformes constituaient l’avenir de la musique numérique. Nous vivons dans un monde où la technologie – le Wifi et la 3G notamment –  nous permet d’être connectés en permanence. Un monde au sein duquel la barrière de la connexion s’efface. Ces plateformes sont dorénavant accessibles partout. Elles proposent une multitude de radios adaptées aux envies de chacun, un choix personnalisé parmi des millions de titres, la possibilité de se créer différentes playlists selon l’humeur du jour.

Aujourd’hui, ce type de plateformes semble en sursis car leur business modèle n’apparaît plus comme pérenne, les obligeant ainsi à revoir leur fonctionnement.

Explications :

Grâce à la publicité, l’utilisateur ne paye pas sa musique, Deezer et les ayants-droits se partagent les recettes.

Problème : Pour Thierry Chassagne, président de Warner Music France, ce modèle n’est pas viable sur le long terme puisque, selon ses chiffres, 800 000 écoutes d’un titre sur Deezer généraient seulement 160 € de recettes pour son producteur ! Ce n’est donc clairement pas assez rentable, tant du point de vue de la plateforme que du producteur …

A l’heure actuelle, le couplage d’une offre gratuite limitée et d’un abonnement « premium » payant illimité apparait comme le modèle privilégié par les plateformes. L’offre gratuite Deezer permet aujourd’hui 5h d’écoute par mois, celle de Spotify 10 ; notons tout de même qu’il y a encore peu de temps, la durée d’écoute de l’offre gratuite n’était pas limitée, seule la diffusion de publicité audio différenciait les deux offres.

Toutefois, face aux problèmes de rentabilité rencontrés (abordés ci-dessus), les plateformes ont du faire évoluer cette notion de gratuité, sans pour autant l’abandonner. En effet, l’objectif de la gratuité est d’attirer l’internaute vers un abonnement payant : des offres premium jugées plus agréables car sans publicité, sans limite du temps d’écoute et offrant même (dans certains cas) la possibilité aux abonnés de stocker leur contenu musical dans leur mobile pour une écoute libre, multi-supports et sans connexion 3G / Wifi.  Le prix de ces abonnements est compris entre 5 et 10 € / mois environ et la part d’utilisateurs « gratuits » qui se dirigent vers le « payant » est aujourd’hui de 10%.


D’autres modèles économiques existent

A l’opposé, la plateforme Beezik, qui propose le téléchargement de fichiers mp3, mise tout sur la publicité.

Des spots et bannières en tous genres garnissent la plateforme. Le visionnage de la publicité est donc obligatoire pour télécharger un morceau mais la bonne nouvelle c’est que l’utilisateur a le choix entre quatre propositions d’univers publicitaires différents.

Ce choix de modèle économique est motivé par une observation simple :

Depuis que les internautes surfent sur le Web, jamais ils n’ont du payer pour écouter de la musique en ligne alors pourquoi cela devrait-il changer ?

À ce jour, Beezik enregistre 150 000 nouvelles inscriptions chaque mois.

Quand Internet investi la télévision

D’ici deux ans, la plupart des téléviseurs seront connectés au Web. En effet, selon une étude GroupM Search, les TV connectées représenteront 70% des ventes en 2013. Aujourd’hui, les FAI et consoles de jeux nouvelle génération permettent déjà à l’utilisateur de naviguer sur Internet à partir de sa télévision, quand il le souhaite.

À l’avenir, on peut donc envisager le streaming comme un véritable canal de diffusion, à l’image de la VOD.

N’en déplaise aux chaines de télévision « traditionnelles », Google entend bien investir leur marché et venir les bousculer sur leur territoire. D’après le Wall Street Journal, la firme Californienne est en négociation avec les studios Warner afin de pouvoir diffuser des films récents (moyennant finance) sur son site de partage de vidéos YouTube.

Avec un prix moyen de 2,5 € par film et un paiement sans se lever de son canapé, on peut imaginer que ce type d’accord mettrait un gros coup au moral de tous les vidéos-clubs, mais aussi (et surtout) aux sites de VOD qui proposent le même service mais à des prix bien moins compétitifs.

Soucieuses de ne pas se laisser surprendre par ces nouveaux acteurs et futurs concurrents, les chaines de télévisions innovent et se renouvellent ; par exemple, TF1 propose désormais le spectacle de Florence Foresti en VOD sur Facebook pour 3,99€.

Imaginons qu’à l’avenir YouTube se mette à négocier avec les dirigeants d’évènements sportifs de grandes envergures. Nous ne regarderions plus les JO et Le Tour de France sur France Télévision mais sur YouTube !

À l’image de sites comme Spotify ou Deezer (et peut être bientôt YouTube), l’ouverture du marché vers des offres payantes online n’est donc plus à prouver.

On peut donc se demander si il est normal que le contenu devienne payant et déroge ainsi au principe de base de l’Internet : une diffusion libre et gratuite.

Quid de la presse numérique


L’info sur le web doit-elle être payante ?

par Europe1fr

D’un côté Pierre Haski, co-fondateur de Rue89, nous explique que « Chaque support, chaque nouveau secteur a son modèle et ses règles. Il ne viendrait pas à l’idée de quelqu’un qui créé une radio de la faire payer. ».

De l’autre Edwy Plenel, le fondateur de MediaPart affirme que « La gratuité est un leurre », « l’indépendance d’une rédaction, la valeur d’une information, la qualité d’un public, ça a un prix. »

Quels sont les enseignements à tirer de ce débat ?

À priori, les deux discours sont défendables. Pierre Haski est très attaché aux valeurs de son support. Selon lui, la publicité et certaines activités annexes sources de revenus suffisent à faire vivre l’entreprise. Internet est reconnu jusqu’à présent pour son accessibilité à l’information et sa gratuité. Changer radicalement ce qui a fait le succès du support serait très préjudiciable.

Il pense également que la qualité d’un article ne dépend pas d’un investissement monétaire mais davantage de la « détermination du journaliste ».

Selon Edwy Plenel, la publicité permet de faire vivre le producteur de contenu mais en aucun cas l’information elle-même. Pour lui, le problème est plus profond, et au même titre que les grands noms des quotidiens papiers, MediaPart incarne des valeurs, un véritable métier et un certain professionnalisme qui se doit d’être payant.


Concrètement, l’internaute possède 3 options pour obtenir de l’info et du contenu sur la toile :

La payer (Deezer Premium, iTunes Store, …)

Ou la voler (téléchargement illégal sur des plateformes et des serveurs comme RapidShare, FilesTube …)

Et accepter la publicité.

Certains utilisateurs et plus particulièrement les “groupes anti-pub” expriment un rejet et expliquent que la pub pollue les pages Web, alors que d’autres, au contraire, ne semblent pas gênés par les bannières et habillages publicitaires des pages. À partir du moment où l’internaute comprend que, comme pour tous les supports, la plupart du contenu sur “la Toile” doit être payé d’une manière ou d’une autre, libre à lui de choisir la solution qu’il préfère.

Si il n’aime pas la pub, des sites comme Deezer Premium ou MediaPart sont là pour répondre à ses attentes ; si celle-ci ne le dérange pas, Beezik et Rue89 lui offre la possibilité de profiter du contenu gratuitement.

Ensuite, il est clair que chaque media évolue avec le temps, les tendances sociétales et les innovations technologiques. La télévision, de même que le cinéma ou la radio ont évolué. Internet ne déroge pas à la règle et propose aujourd’hui du contenu plus fourni, complet et de qualité  qu’il y a quelques années ; cette qualité à un prix.

En résumé, il apparait comme normal de payer pour consommer du contenu de qualité et ce, quelque soit le support sur lequel il est diffusé. Seule la question de l’évolution des fondements de base de la Toile (gratuité, libre partage de l’information, etc.) reste en suspens… Notamment lorsqu’elle se heurte à d’autres problématiques épineuses tels que le respect de la propriété intellectuelle, l’indépendance de la presse online, la rémunération des producteurs de contenu, etc.


L’évolution est logique et Internet n’a donc certainement pas fini de nous surprendre…

Xavier Baillet

Xavier Baillet

Entrepreneur. Dirigeant d'entreprises dans les secteurs du design, du marketing et du digital depuis 1999.

J'aime faire avancer les gens, les idées et la société. J'aime les entreprises utiles et les entrepreneurs passionnés.

J'aime faire exister les idées et les projets qui ont un sens pour les gens.

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