Sylvain Gire, responsable éditorial et co-fondateur d’Arte Radio

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Silvain Gire (avec un “i” et pas un “y” s’il vous plaît), responsable éditorial et co-fondateur d’Arte Radio. Précurseur dans l’art de donner du son à voir sur le Net, par ses créations docu-sonores (plus de 1150 à son actif), le site satellite de la chaîne Arte fait figure d’exception et de modèle à suivre dans le paysage des médias électroniques.


Emilie :
Comment vous est venue l’idée de créer ce site qui est une web radio d’un nouveau genre puisqu’elle diffuse une grande variété de formats (fiction, documentaire etc…) ?
Silvain Gire :
“Le président d’Arte France Jérôme Clément voulait qu’Arte France ait une web radio, pour toucher un public plus jeune, pour être présent sur les nouvelles technologies… C’est une radio à la demande dans le sens où on écoute où on veut quand on veut grâce au téléchargement podcast, au choix etc… mais si on veut pas employer le mot « radio » on pourrait dire que c’est une banque d’œuvres sonores, de fichiers audio élaborés c’est-à-dire qui vise à savourer un court-métrage audio que cela soit un reportage, une fiction, une création sonore, au même titre que l’on va apprécier un clip en ligne sur you tube, c’est réhabiliter le son comme une écriture comme un art.  L’objectif était de séduire la génération internet avec des contenus accessibles.  Arte Radio veut être le Myspace de la création sonore et radiographique. Comme le site est aussi un magazine sonore, toutes les semaines, on cherche l’équivalent du dessin de presse humoristique.”

Emilie :
Combien d’audioblogs avez-vous à votre actif ?
Silvain Gire :
“Il y en a 900 en ligne dont une grosse moitié d’actifs. C’est un vrai succès, ça va avec le renouveau du son et de la création sonore. C’est une plate-forme gratuite, les gens posent des sons en ligne aussi facilement qu’ils mettraient du texte sur un blog. Pourquoi ? Il y a des gens qui savent faire du son et qui ne savent pas faire du web, il y a beaucoup d’associations qui ont besoin d’un audioblog, il y a les scolaires (atelier radio, des profs qui enregistrent leurs élèves), il y a aussi beaucoup de professionnels. C’est l’équivalent de myspace pour les gens qui s’intéressent à la création sonore. La seule condition pour ouvrir un audioblog c’est d’être propriétaire des droits des sons. L’intérêt aussi c’est que l’on repère des écritures.”

Emilie :
Comment les contenus sont-ils crées ? Comment ça se passe ?
Silvain Gire :
” On a une façon de travailler très étrange on est ouvert à tout le monde, et en même temps c’est pas du « user generated content » comme on dit ce ne sont que des contenus élaborés pour et avec nous, qui sont inédits, et qui sont rémunérés, donc on ne met pas en ligne ceux qu’on reçoit par la poste. Par contre, j’essaye d’écouter tout ce que je reçois, de lire tous les projets et de rencontrer les gens le plus possible. Il y a énormément de choses auxquelles on dit non tout de suite parce que ce n’est pas pour nous. On travaille aussi avec des amateurs, on fait énormément de premiers reportages faits par des gens qui n’ont jamais faits ça de leur vie. Ce matin j’en ai mis deux en ligne. On favorise tout un travail sur l’intimité et donc par exemple il y a une jeune fille qui vient me voir, elle s’appelle Léa Minot, elle a 20 ans, et elle a été élevé par sa mère et sa tante, qui sont deux femmes qui vivent ensemble depuis toujours. Il n’y a qu’elle qui puisse faire ce reportage. Donc du coup on l’a formée, on a le meilleur matériel possible, en fin sur la place de Paris, on travaille avec nagra et des très bons micros couple shop etc… On forme des amateurs à l’utilisation d’un matériel très performant. On les forme assez rapidement. Ils tournent eux-mêmes leurs reportages. Ils le montent eux-mêmes. Et là, on voit si on a affaire à un auteur radio ou pas. C’est-à-dire dans le montage, dans l’écriture du montage qu’on va déceler les talents. Par ailleurs on a comme collaborateurs beaucoup plus réguliers des gens qui sont soit journalistes, soit gens de radio professionnels.“

Emilie :
Quels sont les secrets de la réussite d’une fiction ?
Silvain Gire :
“On reçoit énormément de scénarios de fictions, il y en a très peu qui nous plaisent. La fiction radio c’est quand même top ringard en France. Donc sur les fictions on en fait peu, ça coûte cher, il faut payer les droits d’auteur, payer les comédiens, c’est très long à réaliser mais on en a fait une qui s’appelle « Le Bocal ». Au départ, on voulait en faire un blog, un documentaire. En discutant avec elle, on s’est dit on va en faire une fiction. En fait elle raconte une histoire vraie. Elle a fait un boulot alimentaire dans une entreprise culturelle prestigieuse où elle a été victime plus ou moins d’harcèlement par son collègue qu’elle a surnommé le calamar. Donc on en a fait un feuilleton très drôle. Deux saisons. La deuxième saison a eu le prix europa du meilleur feuilleton radio. Ca c’est aussi une étape pour nous parce que c’est la première fois qu’une radio web a un prix en création radiophonique. Là il y a deux chaînes allemandes qui veulent acheter Le Bocal ! Ca aussi c’est intéressant, Le Bocal ça a été 10 mois de boulot pour nous, beaucoup de travail pour le réalisateur, beaucoup de journées de montage mais derrière il y a deux chaînes allemandes qui veulent l’acheter, la BBC envisage de l’acheter aussi. Bizarrement, un projet aussi radical et anti-économique, à un moment donné peut marcher parce que c’est vrai que la qualité, le dynamisme du montage du Bocal est intéressant, en plus c’est des feuilletons qui sont taillés pour le podcast, les épisodes durent entre 1 et 3 minutes, comme on a pas de formats figés sur internet, c’est pas formaté, et pour l’internaute c’est un bonheur parce qu’il peut écouter tous les épisodes qu’il a raté, les écouter plusieurs fois etc…”

Emilie :
Un nouveau projet ? Un  scoop pour un petit mot de fin ?
Silvain Gire :
“Notre nouveau projet c’est de faire un nouveau feuilleton comique. On s’est rendu compte que nous on était pas auteur que auteur-comique c’est un vrai métier, donc on a cherché autour de nous, il y a les gens de Groland qui nous aiment beaucoup notamment Jules-Edouard Moustic qui nous adore. Il a collaboré un peu avec nous. Il nous a conseillé un des auteurs de Groland qui s’appelle Franck Belloc et donc c’est le scoop, on a fait le casting hier et dans 15 jours on enregistre le premier épisode et ensuite on essayera d’enregistrer 4 à 5 épisodes dans chaque session et ce sera un feuilleton hebdomadaire, ça s’appelle le « Vaisseau spécial », c’est une espèce de science-fiction délirante parodique très très drôle. Le texte est super drôle à lire. Il y a des très bons comédiens, donc derrière on espère que ce sera que ce sera marrant. L’idée là vraiment c’est de toucher un plus grand public. Très clairement, c’est très drôle, très potache, très dans l’esprit Groland, les épisodes vont être courts, nerveux, très rythmés, on passera moins de temps en réalisation, ce sera moins peaufiner au niveau création sonore, on va beaucoup plus travailler sur le côté texte-jeu, l’idée c’est de refaire un grand feuilleton populaire marrant comme il y avait dans les années 60 mais pour le podcast. “

Ecouter un extrait de l’interview :

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Xavier Baillet

Xavier Baillet

Entrepreneur. Dirigeant d'entreprises dans les secteurs du design, du marketing et du digital depuis 1999.

J'aime faire avancer les gens, les idées et la société. J'aime les entreprises utiles et les entrepreneurs passionnés.

J'aime faire exister les idées et les projets qui ont un sens pour les gens.

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